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Aspects bibliques de la diaconie

« Sa pauvreté fait du Christ un serviteur et non un "bienfaiteur" »

La situation actuelle de l'action diaconale est caractérisée par deux aspects : la distance entre le riche (même travailleur social) et le pauvre, la distance entre oeuvres et paroisses. Face à cette situation, un retour au message biblique est indispensable.

Relevons d'abord que dans le Deutéronome, les prescriptions au sujet de la lutte contre la Pauvreté renvoient systématiquement le riche Israélite à sa propre pauvreté originelle (Dt 15 et 24). La pauvreté passée du riche Israélite est source de relation à Dieu et au pauvre. C'est Dieu lui-même qui avait « mis (son peuple) dans la pauvreté » (Dt 8,3). Le partage a donc pour fondement une faiblesse assumée et dépassée par la grâce de Dieu, qui met Israël dans la pauvreté et lui donne la terre où coule le lait et le miel. Cette manière de l'Israélite de se comprendre lui-même établit une communauté qui situe le pauvre dans la famille du riche et non dans la distance à son égard.

Echapper à la mort ?
Chez l'évangéliste Luc, les riches sont considérés comme égoïstes et comme prisonniers du souci (Luc 8, l4), par lequel ils veulent échapper à la mort (Luc 12, 25). Mais cet usage des richesses conduit à rompre les relations avec Dieu (Luc 12, 16-21) et avec autrui (Luc 16, 19-31), et place donc le riche dans une dynamique mortelle (Luc 6, 24ss). On peut donc dire que le riche court au devant de la mort en voulant la fuir. Dans sa recherche de pureté et de justice, le pharisien a un comportement parallèle à celui du riche. Lui aussi introduit une dynamique de l'exclusion et rompt les relations avec autrui en voulant fuir l'impureté­ et donc la mort.

Serviteur
Les pauvres reçoivent la promesse du Royaume de Dieu ; ce Royaume se rend présent dans les guérisons et le pardon qui sont l'expression de la pertinence du salut dans le registre de la pauvreté. Selon Luc, le salut est restauration des relations (Luc 19, 10). Pour sa part, le Christ assume une forme de pauvreté. En lui-même il est pauvre par son manque d'avoir et de pouvoir (Luc 2, 6 ; 4, 3-13 ; 9, 51-57), mais il a les « pleins­pouvoirs » s'exprimant dans les guérisons et dans l'annonce du pardon, dont le Christ fait usage au profit des « perdus ». Sa pauvreté fait du Christ un serviteur et non un « bienfaiteur » (Luc 22, 25-26), et rend possible le partage s'actualisant dans la Cène (Luc 22, 14-20).

Contre l'exclusion
Le chrétien doit renoncer à la propriété exclusive de ses biens pour « suivre » Jésus (Luc 14, 33). Ce « renoncement » se trouve sous le signe de la croix que le croyant est invité à prendre en charge (Luc 14, 26 ; 9, 23), et a pour but le partage. La prise en charge de cette croix place le croyant en situation de serviteur, de diacre, qui aide autrui dans la propre faiblesse (cf Luc 10, 33-36, Actes 3, 6). Selon les Actes, l'entraide fraternelle a sa place dans la communauté (Actes 2, 42-45). Elle est un prolongement de l'eucharistie. Le résultat est que dans la communauté, il n'y a plus de pauvres, exclus par manque de ressources. Il n'y a que des faibles, portés par la communauté (Ac 20, 35).

Accepter la faiblesse
Paul proclame un message semblable. Pour lui, la notion de « chair » désigne l'être humain fragile et mortel, qui, pécheur, refuse sa condition dans l'orgueil et la convoitise. La croix remet en question ce comportement en montrant un Dieu qui ne s'identifie pas aux fausses forces humaines, mais se révèle dans la faiblesse du Christ (1 Cor 1, 22s). Mais surtout, à la lumière de la résurrection, elle offre la possibilité d'accepter la fragilité humaine, en permettant à chaque croyant d'intégrer la mort dans son identité (2 Cor 5, 15), d'accepter son caractère de pécheur (Gal 3, 13 ; 2 Cor 5, 21) et sa faiblesse (2 Cor 12, 9). Ainsi, par sa croix et sa résurrection, le Christ fait passer de la faiblesse refusée dans l'incroyance à la faiblesse assumée dans la foi, source d'humilité et de complémentarité qui rendent possible la véritable communauté (Rom 12, 3-4).

C’est la grâce
A partir de ces trois auteurs bibliques, nous voyons donc que l'enjeu de la « diaconie » est l'intégration de la faiblesse dans l'identité des riches et des pauvres. Cette intégration est une des dimensions du salut. Ainsi, ce n'est pas l'exemple du Christ qui invite à la diaconie (l'œuvre du Christ ne s'imite pas), mais son offre de justification par la foi. C'est la grâce qui donne naissance à une parole et ainsi rend possible l'acceptation active des propres faiblesses qui conduit à cet esprit communautaire et à ce pragmatisme qui sont indispensables à l'action diaconale.

Fritz Lienhard, pasteur de l'ECAAL
LA Voix PROTESTANTE, avril 1997