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Eglise et diaconie

Bref historique de rapports tumultueux

Dès les origines du Christianisme, les rapports entre Église et diaconie se sont noués autour de la question du statut du ministère de diacre dont l'existence est attestée dans les épîtres de Paul, les Actes et les Pastorales. Il est intéressant de constater que le besoin d'un ministère de diacre naît de la nécessité de s'occuper convenablement des pauvres de la communauté. Ceci ne devait cependant pas distraire les apôtres de l'exercice de leur mission première : le ministère de la parole, mais s'articuler à lui (Cf. Actes 6, 1 à 7).

Au second siècle , c'est un ministère à part entière qui se met en place. Il est alors tourné vers l'extérieur de la communauté chrétienne ; mais il demeure également tourné vers l'intérieur car le diacre organise la solidarité et inscrit cette activité au coeur du culte, de la Cène notamment. Ce ministère est liturgiquement reconnu.

Au IIIe et IV siècles le ministère de diacre va être subordonné au ministère de l'évêque et devenir son assistant. Le ministère du prêtre va occuper tout l'espace ecclésial et se sacraliser autour de l'eucharistie. La fonction caritative spécifique du diacre disparaît et avec elle le rôle diaconal de l'Église séculière diocésaine.

Au Moyen-âge, après les invasions, en zone rurale, c'est le monastère, avec sa communauté construite sur le modèle de l'Eglise primitive, qui s'offre à la société et à l'Église comme nouveau lieu de solidarités inédites. Le pauvre redevient un frère. Mais son exaltation et la sollicitude qu'on lui témoigne, contribuent au développement de la théologie du salut par les oeuvres.
En zone urbaine, Ce sont les laïcs organisés en confréries ou fraternités qui participent à la création d'oeuvres sociales et hospitalières charitables (les fameux Hôtels-Dieu).

Les Réformateurs seront unanimes à vouloir rétablir le diaconat à côté du pastorat et articulé à lui. Ils échouent néanmoins dans leur tentative de restaurer un ministère spécifiquement caritatif, liturgiquement consistant et ministériellement reconnu pour deux raisons :
1) la laïcisation de la diaconie et le cléricalisme des pasteurs. Dans les villes où se déroule la Réforme, l’autorité civile avait déjà pris en charge la diaconie. A Genève la perception de l'impôt ecclésiastique fait tomber en désuétude la pratique de l'offrande dans l'Eglise.
2) Sous pretexte de ne pas restaurer un régime épiscopal en imposant les mains aux diacre, ces derniers sont seulement présentés à la Compagnie des pasteurs et au Conseil des ancien, l’ecclésialité se porte désormais sur le seul ministère pastoral.

Aux XVIIIe et XIXe siècles c'est le mouvement du Réveil. travaillé par des courants théologiques tels que le piétisme et le méthodisme insistant sur la responsabilité des croyants vis-à-vis des pauvres du monde entier, qui secoue les Églises de leur torpeur. Il permet alors à nouveau à quelques pionniers de songer à la restauration d'un ministère diaconal. La crainte de certains pasteurs et notables de perdre leur pouvoir, le séparatisme ecclésiastique d'autres, la volonté de certain Etats de confiner les Églises dans leur rôle cultuel (Articles organiques de 1802, Loi de séparation de 1905), la laïcisation de la société, conduisent les protestants à se lancer dans la création d'oeuvres caritatives d'inspiration protestante mais indépendantes des Eglises.
Pour contourner l'isolement que risque de créer cette séparation, les oeuvres et les mouvements diaconaux s'organisent alors sur le double plan national (sociétés, fédérations) et international (UCJG, scoutisme etc.).

Depuis l'émergence des nouvelles pauvretés dans les années 1980, ces institutions assument un ministère de solidarité et de proximité auprès des marginaux et des exclus. En France les oeuvres et les mouvements d'inspiration protestante se sont regroupés en France dans une fédération, l'Entraide Protestante. Dans le même temps des diaconats paroissiaux sont nés ou réapparus. Dans ces conditions se pose à nouveau la question des fondements théologiques et ecclésiologiques du ministère diaconal tant du côté des Églises locales que de celui des institutions diaconales. Elles doivent ensemble chercher sous quelles formes un ministère diaconal articulant annonce de l'Evangile, communion ecclésiale et solidarité sociale, pourrait être mis en oeuvre aujourd'hui.

Jean-François Zorn
La Voix Protestante, avril 1997